Hôtel hospitalier, ou hôtel patient, de quoi s’agit-il exactement ?

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Le terme hôtel hospitalier revient assez régulièrement dans la presse depuis quelque temps, mais que se cache-t-il derrière ?

L’hôtel hospitalier est un nouveau modèle d’hébergement temporaire non médicalisé, qui se développe aujourd’hui en France, et qui est destiné à accueillir des patients autonomes dont l’état de santé ne nécessite pas une surveillance continue, mais qui doivent rester à proximité de leur établissement de santé.

Le patient est hébergé (le cas échéant avec son accompagnant) dans une chambre (en intra-ou extra-muros), où l’on ne délivre pas de soins directs, lourds, de perfusions ou de soins médicaux ou infirmiers, sauf en cas d’urgence. Les seuls traitements, notamment antalgiques, s’y prennent par voie uniquement buccale.

Le patient peut y séjourner dans l’attente d’une hospitalisation complète ou d’un accès au plateau technique de l’hôpital ou au décours de l’hospitalisation complète, en cas de contrôle clinique ou biologique immédiatement nécessaire avant son retour au domicile.

Il s’agit pour l’établissement de soins d’un important vecteur d’amélioration et de restructuration, source de gain d’efficience, qui permettra aux équipes médicales de poursuivre le suivi des patients éligibles par l’intermédiaire d’une structure sécurisée. Cette nouvelle modalité d’hébergement pourra se substituer à l’hébergement classique, « médicalisé », lors de leur séjour hospitalier.

Ainsi, un parcours de soins pourra comporter des nuitées en hôtel hospitalier, moins coûteuses, en complément de nuitées en hospitalisation complète (qui seront de fait en nombre plus restreint), plutôt que des nuitées uniquement en hospitalisation complète, comme actuellement.

En externalisant une partie de l’hébergement, on réduit la durée des séjours, on libère des lits d’hospitalisation complète, on favorise le développement de l’ambulatoire, et on permet aux professionnels de santé de se recentrer sur leur mission de soin.

Attention, pour qu’un patient puisse séjourner dans un hôtel hospitalier, son médecin doit lui délivrer une ordonnance.

Comment est né l’hôtel hospitalier ?

La France s’inspire du succès de ce type d’hébergement dans les pays nordiques, pour créer son modèle d’hôtels hospitaliers, et l’expérimente depuis les années 1990.

Les hôtels hospitaliers existent déjà depuis de nombreuses années dans certains pays d’Europe, où la médecine et la chirurgie ambulatoire sont très développées.

C’est le cas notamment du Danemark, la Norvège et de la Suède où les hôtels hospitaliers sont venus compléter un système de soin, entièrement repensé. La spécificité au Danemark est que la personne hébergée à l’hôtel hospitalier est toujours considérée comme un patient de l’hôpital.

Mais pas seulement, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse et les Etats-Unis, l’Australie et la Finlande ont développé depuis longtemps ce système alternatif à l’hospitalisation, avec un critère d’éloignement géographique moins contraignant qu’en France.

Toutefois une différence persiste en fonction du pays, puisque certains ont choisi de médicaliser les hôtels hospitaliers, comme par exemple l’Australie ou encore la Finlande où une surveillance médicale minimale peut être accompagnée de soins dispensés par des infirmières, si nécessaires.

En Allemagne, en Suisse, et aux Etats-Unis, les patients admis à  l’Hôtel hospitalier ne doivent plus nécessiter de soins aigus, seuls des soins de faible intensité peuvent être prodiguer.

En ce qui concerne la France, la médicalisation n’est pas envisageable, en tout cas à cette heure l’arrêté du 6 juillet 2017, réglementant les expérimentations misent en place par le Ministère de la santé dans 41 établissements, l’interdit.

L’expérimentation en France

Le gouvernement a lancé en 2015 un appel à projets auprès des hôpitaux désireux de mettre en oeuvre un hôtel hospitalier. La mesure a été adoptée dans le budget de la Sécurité sociale pour favoriser le virage ambulatoire en évitant les nuits coûteuses à l’hôpital et en améliorant le « confort » des patients. Une journée d’hospitalisation coûte entre 1.000 et 1.500 euros, contre 50 à 150 euros pour une nuit d’hôtel.
L’expérimentation doit durer trois ans.

Depuis 2017, 41 établissements de santé en france participent à l’expérimentation sur trois ans « d’hôtels hospitaliers », des structures d’hébergement devant servir de sas avec le domicile de certains patients.

Assurée par l’établissement, la prestation d’hébergement peut être réalisée dans ses propres locaux, mais distincts de ceux réservés à l’hospitalisation, ou bien par un tiers, notamment un prestataire hôtelier ou un partenaire associatif avec lequel il aura passé une convention.

Ce nouveau service concerne les patients ne nécessitant pas de soins médicaux particuliers et habitant seuls ou à distance de l’hôpital, en amont ou en aval de leur prise en charge. Il doit permettre, par exemple, d’éviter les « transports fatigants » lors de soins répétitifs dans le cadre d’une radiothérapie, ou encore de faciliter la chirurgie ambulatoire, générant ainsi des économies pour l’Assurance maladie.

L’expérimentation est financée par le fonds d’intervention régional (FIR). Les frais à la charge du patient étant identiques à ceux actuellement en place dans le cadre d’un hébergement à l’hôpital.

A l’issu de cette expérimentation nationale, un rapport montrera les points positifs et les freins éventuels de la mise en place des hôtels hospitaliers en vue d’une généralisation de ce mode d’hébergement.

Pourquoi développer l’hôtel hospitalier en France ?

Le système de santé français doit, en raison du progrès de certaines techniques et des enjeux médico-économiques, prévoir une véritable mutation des modèles existants.

En France, l’ambulatoire peine à se développer, les ARS (agences régionales de santé) ferment régulièrement des lits d’hospitalisation… Il est vrai que le coût des nuits d’hospitalisation génère pour la sécurité sociale des coûts très élevés.

C’est ainsi que l’hôtel hospitalier intègre le paysage de l’hôpital de demain, permettant ainsi de réaliser des économies importantes et de s’intégrer dans des parcours de soins repensés.

Les types d’hôtels hospitaliers en France

En France, on rencontre principalement 3 types d’hôtels hospitaliers.

  • L’hébergement temporaire non médicalisé professionnalisé et dédié aux patients et accompagnants qui se trouve au sein même de l’établissement de santé ou à proximité immédiate.
  • L’établissement d’accueil hospitalier ou Maison d’accueil hospitalière qui reçoit des patients mais aussi et surtout les familles de patients. En général, celui-ci concerne des associations qui sont regroupées au sein d’une fédération.
  • L’hôtel « classique » qui se trouve à proximité de l’hôpital et qui est ouvert aux patients et accompagnants mais aussi aux touristes ou à une clientèle d’affaire. Des conventions sont passées avec l’établissement de soins pour réserver un certain nombre de chambres en fonction de leurs besoins.

Combien de patients sont éligibles à l’hôtel hospitalier ?

Une enquête a été menée auprès de 27 services d’hospitalisation conventionnelle d’établissements de santé de la région ile de France.  Il a été montré que 27 % des patients admis étaient éligibles à un hébergement non médicalisé. Et dans la majorité des cas, malgré le fait que ces patients ne demandaient plus de surveillance médicale, de nuit particulièrement, ils ne pouvaient pas encore avoir la possibilité de rejoindre leur domicile, vu l’éloignement géographique considérable de ce dernier, et aussi pour des raisons sociales ou organisationnelles : bilans, visite de contrôle, logement inadapté, précarité du logement, etc.

Les résultats de l’étude montrent que les patients éligibles à l’hébergement non médicalisé à l’hôpital par rapport au total des patients hospitalises le jour de l’enquête en hospitalisation conventionnelle, sont principalement :

  • Les patients en hospitalisation la veille d’une intervention
  • Les patients en hospitalisation post-opératoire, autonomes et sans perfusion (ou susceptibles de l’être) mais hospitalisés pour surveillance thérapeutique ou clinique spécifique, pour raison sociale liée au patient ou à sa famille,  pour attente de passage en hospitalisation à domicile (HAD) ou en soins de suite et de réadaptation (SSR)
  • Les patients en hospitalisation pour prise en charge médicale (notamment pour un bilan, des séances ou d’autres raisons)

Quelles spécialités médicales sont concernées ?

Les spécialités médicales concernées par ce mode d’hébergement sont très variées et représentent la grande majorité des spécialités médicales que l’on peut trouver dans les établissements de santé :

Allergologie ou Immunologie Cardiologie
Chirurgie cardiaque Chirurgie esthétique
Chirurgie digestive Chirurgie maxillo-faciale
Chirurgie pédiatrique Chirurgie plastique et reconstructive
Chirurgie thoracique Chirurgie vasculaire
Dermatologie Endocrinologie
Gastro-entérologie Gynécologie
Hématologie Hépatologie
Médecine aiguë Médecine interne
Médecine physique Néphrologie
Neurochirurgie Neurologie
Obstétrique Odontologie
Oncologie Ophtalmologie
Orthopédie Oto-rhino-laryngologie
Pneumologie Radiothérapie
Rhumatologie Urologie

Hôtel hospitalier et soins ambulatoires :

On considère que le patient est en hospitalisation complète à partir du moment où ses soins nécessitent un hébergement à la clinique et qu’un lit lui est donc attribué. Au minimum, il passera une nuit à l’hôpital.

Selon les besoins du patient, la prise en charge pourra durer plusieurs jours, voire plusieurs mois.

L’hospitalisation de jour, elle, dure moins de 24h, on parle d’une hospitalisation en ambulatoire. Si le médecin estime votre état de santé bon, après les examens ou l’intervention, le patient n’aura pas à dormir à l’hôpital. Cependant, seul le médecin pourra en décider.

Si une intervention chirurgicale est programmée durant ce séjour, on parlera de chirurgie ambulatoire. Selon le type d’intervention, le chirurgien informera de la durée nécessaire de votre séjour.

De nos jours, le nombre d’admissions pour une chirurgie ambulatoire est de plus en plus élevé, dans le paysage hospitalier français.

En effet, Le développement de la chirurgie ou de la médecine ambulatoire ou « virage ambulatoire » est un axe fort de la stratégie nationale de santé et de la loi de modernisation de notre système de santé. Il permet de recentrer l’hôpital sur les activités de soins et non plus sur l’hébergement, au bénéfice des patients et des équipes.

Les taux cibles fixés par le ministère de la santé pour 2022 sont de 70% de séjours pour la chirurgie ambulatoire et de 55% de séjours pour la médecine ambulatoire.

Cependant, pour y arriver, il est nécessaire de lever des obstacles qui freinent le développement de l’ambulatoire.

Parmi ceux-ci, l’éloignement du patient est un critère que l’hôtel hospitalier peut aider à lever en accueillant le patient la veille lorsque l’intervention ou l’acte médical est prévu tôt le matin ou en hébergeant le patient qui sortira du bloc tardivement ou qui n’aura personne de disponible pour l’accompagner le jour de son intervention ambulatoire.

Quel intérêt pour les établissements de santé, d’intégrer un hôtel hospitalier ?

Les avantages pour les établissements de santé sont nombreux, puisque l’hôtel hospitalier peut être utile pour pratiquement l’ensemble des pôles. Il permet d’atteindre les objectifs ambulatoires, de généraliser le J0 en médecine interventionnelle et en chirurgie, de développer de nouveaux parcours de soins.

En réduisant la durée des hospitalisations, on libère des lits ce qui représente un avantage concurrentiel important.

Convaincus de l’utilité des hôtels hospitaliers, certains établissements intègrent son développement dans leur projet d’établissement, dans un projet médical mais aussi dans un plan de retour à l’équilibre pour ceux en difficultés qui voient en l’hôtel hospitalier une des solutions aux problèmes financiers.

Quel intérêt pour les patients d’aller séjourner dans un hôtel hospitalier ?

Même si pour séjourner dans un hôtel hospitalier, le patient doit être muni d’une prescription médicale, il reste acteur de son propre parcours de soins, puisque son consentement est obligatoire.

Dans l’hôtel hospitalier, le patient bénéficie d’une véritable autonomie, il peut rester dans sa chambre ou partager des moments plus conviviaux avec d’autres patients dans les espaces communs. Plus de chambres doubles, mais la possibilité de séjourner avec sa famille, ses proches et d’être ainsi mieux entouré.

Dans les hôtels hospitaliers tout est pensé pour la sécurité du patient, mais aussi pour son confort. Le lieu n’est plus anxiogène comme peut l’être une chambre d’hôpital; il y a moins de risque d’infections nosocomiales.

En plus en bénéficiant d’une alimentation plus variée et plus adaptée, ainsi que d’un meilleur sommeil (le patient n’est plus dérangé par la venue régulière de l’équipe médicale) la récupération du patient est favorisée.

La nutrition dans les HH

Comme l’a montré un rapport du Conseil National de l’Alimentation (CNA) daté du 4 juillet 2017, la nutrition est un élément clé qui participe à la guérison des patients. Malheureusement, ce sujet n’est pas toujours prioritaire dans les établissements de santé.

De nos jours, le patient mange encore quasi exclusivement dans sa chambre, assis ou allongé. Il y a peu de lieux communs dans lesquels il est possible de partager un moment de convivialité autour du repas.

La prise des repas à heures fixes, souvent interrompue par les visites de l’équipe soignante, ne favorise pas le plaisir que ce moment devrait procurer. D’autant plus que les menus, souvent imposés, ne sont pas toujours au goût du patient.

Avoir le choix du menu ou du type de collation serait certainement un plus pour contribuer à une bonne nutrition. Certains hôpitaux expérimentent d’ailleurs une plus grande autonomie du patient, notamment dans le choix de la nourriture.

Ce type d’hébergement ouvre le champs des possibles en matière d’alimentation, à la fois sur le lieu de prise de repas, mais aussi sur la nature de ce qui est proposé.

En effet, le patient ou l’accompagnant a la possibilité de cuisiner dans sa chambre en utilisant la kitchenette mise à sa disposition. Une variété de recettes simples et équilibrées lui sera proposée via une application dédiée disponible sur la tablette connectée positionnée dans la chambre. Des propositions seront également faites en fonction du régime alimentaire imposé par la pathologie du patient (ex: repas hyposodés, texture des aliments, prise en compte des allergies). Des conseils sur l’alimentation et sur les apports nutritionnels nécessaires seront également prodigués de manière numérique.

La prise en charge du patient

L’hôtel hospitalier est un hébergement transitoire qui sert d’intermédiaire entre l’hospitalisation et le domicile. La durée de séjour d’un patient dans ce type de structure est généralement très courte (1-3 nuitées) mais la prise en charge non médicalisée peut parfois être utile sur une période bien plus longue.

Dans tous les cas, le patient bénéficie d’une prise en charge améliorée puisqu’il bénéficiera du confort de l’hôtel hospitalier ainsi que de tous les services et avantages détaillés dans cet article. Le temps passé dans une unité d’hospitalisation classique de l’établissement de santé sera raccourci et uniquement limité au temps nécessaire pour la réalisation des soins.

Pour la collectivité

Ce modèle d’hébergement offre des avantages aux patients comme à la collectivité. Pour cette dernière, ce tout autre type de prise en charge présente une opportunité de réduction des coûts de santé pour la société puisqu’une nuitée en hôtel hospitalier coûte moins cher qu’une nuit à l’hôpital. L’hôtel hospitalier entraine aussi mécaniquement une baisse des coûts de transport pour les patients éloignés du lieu d’hospitalisation.

Par conséquent, un recentrage des soins et une redistribution des moyens peuvent être dirigés vers les personnes qui présentent un état de santé exigeant une prise en charge médicale continue.

Outre l’économie de coûts, la libération de certains lits d’hospitalisation peut permettre aux établissements de faire face à l’augmentation d’activité liée à la démographie ou au vieillissement de la population sans avoir à injecter des moyens supplémentaires en terme d’hébergement. La libération de lit peut également concourir à l’accueil des patients post urgences, souvent en attente de libération de places dans les services d’hospitalisation de l’établissement de soins.

Le financement du projet

Qu’ils soient pris en charge par l’établissement de santé ou par un prestataire externe, les coûts de construction ou de réhabilitation d’un hôtel hospitalier ainsi que les coûts de gestion de la structure doivent être compensés par les recettes des nuitées des patients et accompagnants.

Pour cela, l’hôtel hospitalier ou hôtel patient doit comporter un nombre de logements suffisant pour amortir les coûts de construction et le taux d’occupation doit être maintenu à un niveau suffisant pour assurer la couverture des coûts de fonctionnement.